
Le pli, ou la cassure
Une napolitaine se plie sans rompre, tant elle est souple. Une romaine se casse net et laisse échapper des éclats : elle craque, elle ne plie pas.
Deux pizzas, deux pays du goût. L’une gonfle au bord et fond en bouche, l’autre craque et s’effrite comme une galette. Napolitaine ou romaine : derrière ces deux noms se cachent deux écoles italiennes, deux pâtes et deux fours. Voici comment les reconnaître, et surtout comprendre ce qui les sépare.
La pizza napolitaine a un bord gonflé et moelleux — le cornicione —, une pâte très hydratée sans matière grasse, façonnée à la main et saisie une à deux minutes dans un four à bois à 450 °C : le centre reste souple et se plie. La pizza romaine, dans sa version ronde (tonda), est fine d’un bord à l’autre, souvent étalée au rouleau avec un peu d’huile d’olive et cuite plus longtemps à chaleur plus douce : elle est craquante, presque cassante. Sa cousine, la romaine à la coupe(al taglio), est une pâte rectangulaire très alvéolée vendue au poids. En un mot : la napolitaine joue le moelleux et la braise, la romaine le croustillant. C’est la napolitaine au feu de bois qu’on travaille ici, à Conflans-Sainte-Honorine.
La pizza napolitaine est née dans les rues de Naples et elle en a gardé le caractère : généreuse, souple, immédiate. On la reconnaît d’abord à son bord gonflé, le fameux cornicione, une couronne aérée et tachetée qui encadre un centre fin. Ce centre est si souple qu’il ne tient pas droit à la main : la napolitaine se plie, se replie, se mange presque comme un livre qu’on referme.
Tout, dans cette pizza, découle d’une pâte très hydratée, longuement levée, et d’une cuisson brutale au feu de bois. Deux minutes suffisent, et il n’en faut pas plus. La garniture reste sobre — une marguerite, c’est sauce tomate, mozzarella, basilic, filet d’huile — pour laisser la pâte parler. C’est une pizza de contraste : un bord moelleux, un cœur fondant, quelques marques de braise.
Moelleuxla signature napolitaineParler de « pizza romaine » demande une précision, car il en existe deux familles bien distinctes. La première, la tonda romana, est la pizza ronde servie à l’assiette dans les trattorias de la capitale : très fine, sèche, craquante d’un bord à l’autre. Les Romains la surnomment scrocchiarella, de scrocchiare, « craquer » — tout un programme. Elle n’a presque pas de bord : là où la napolitaine gonfle, la romaine reste plate et cassante.
La seconde famille est la pizza al taglio, « à la coupe » : une pâte épaisse et très alvéolée, cuite en grande plaque rectangulaire, puis découpée aux ciseaux et vendue au poids sur les comptoirs de rue. C’est la pizza qu’on mange debout, pliée dans un papier, entre deux courses. Deux visages, donc, mais une même filiation romaine, et un même goût pour les pâtes qui ne ressemblent pas à celles de Naples.
Dans le langage courant, quand on oppose « napolitaine » et « romaine » à propos d’une pizza ronde à l’assiette, c’est presque toujours la tonda qu’on a en tête : la fine et croustillante. C’est elle qui sert de point de comparaison dans la suite de cet article, avec un détour par la version à la coupe quand il éclaire la différence.
La vraie frontière entre les deux pizzas se joue dans le pétrin. La pâte napolitaine est très hydratée — beaucoup d’eau pour peu de farine — et ne contient aucune matière grasse : ni huile, ni saindoux. C’est cette eau abondante, associée à une longue maturation, qui donne une mie souple et un bord capable de gonfler d’un coup sous la chaleur. On la travaille avec une farine fine, faible en résistance, laissée lever de longues heures.
La pâte romaine ronde, elle, prend le chemin inverse. Souvent un peu moins hydratée, elle reçoit un filet d’huile d’olive qui la rend friable et l’aide à sécher à la cuisson. Résultat : au lieu d’une mie moelleuse, on obtient une feuille mince et cassante. Même farine, presque, mais un dosage d’eau et de gras qui change tout le résultat final.
« Beaucoup d’eau, pas de gras : la napolitaine.
Moins d’eau, un peu d’huile : la romaine. »

Si vous ne deviez retenir qu’un signe pour distinguer les deux, ce serait le bord. La napolitaine porte un cornicione haut et alvéolé, une couronne de pâte qui gonfle parce que l’étalement à la main a repoussé tout l’air vers l’extérieur du disque. Sous la chaleur violente du four à bois, cet air se dilate d’un coup et lève la couronne en quelques secondes. C’est le bord le plus généreux du monde de la pizza, souvent moucheté de petites taches noires de braise — le leoparding, la « peau de léopard » recherchée par les puristes.
La romaine ronde, au contraire, n’a pratiquement pas de bord. La pâte est étalée uniformément, souvent au rouleau, ce qui chasse les bulles et aplatit l’ensemble. On obtient une galette régulière, fine partout, qui ne gonfle nulle part. Là où la napolitaine offre du volume et du contraste, la romaine cherche la constance : une même épaisseur, un même croquant du centre jusqu’à l’extrémité.

La napolitaine est une pizza de chaleur extrême et de temps court. Elle vit pour le four à bois porté autour de 450 °C : à cette température, la sole brûlante saisit la pâte par le dessous pendant que la voûte et la flamme dorent le dessus. En une minute et demie à deux minutes, tout est joué. La pâte n’a pas le temps de se dessécher : elle gonfle, marque, puis sort souple et fumante.
La romaine ronde suit la logique inverse : chaleur plus modérée, cuisson plus longue. On la laisse davantage au four, souvent électrique ou à gaz, pour que l’humidité s’évapore lentement et que la fine feuille de pâte sèche complètement. C’est ce séchage prolongé qui donne le craquant. Deux pizzas, deux horloges : l’une se saisit, l’autre se déshydrate.
Saisir vite et fort, ou sécher lentement : tout est là.
Au-delà de la théorie, c’est en bouche que la différence saute aux papilles. Trois repères simples permettent de reconnaître l’une de l’autre sans se tromper, dès la première bouchée.

Une napolitaine se plie sans rompre, tant elle est souple. Une romaine se casse net et laisse échapper des éclats : elle craque, elle ne plie pas.

La napolitaine offre une vraie mie moelleuse au bord ; la romaine, presque pas de mie du tout — une feuille fine et sèche qui joue tout sur le croquant.

Le feu de bois laisse à la napolitaine un parfum de braise et des taches noires. La romaine, cuite plus doux, mise sur une croûte uniformément dorée.
Voilà un point où les deux écoles s’opposent presque avec passion. La napolitaine se façonne exclusivement à la main, du bout des doigts, en pressant le centre du pâton pour repousser l’air et les bulles vers la couronne. Aucun rouleau n’approche la pâte : ce serait chasser tout le gaz de la fermentation et empêcher le bord de gonfler. Le geste demande de la douceur et de l’habitude, et c’est lui qui donne au disque son irrégularité vivante, un peu bosselée.
La romaine ronde, elle, accepte volontiers le rouleau, ou du moins un étalement plus appuyé qui aplatit uniformément la pâte. On cherche justement à en expulser l’air pour obtenir une feuille régulière et fine, sans relief. Là où le pizzaïolo napolitain préserve la vie de sa pâte, le pizzaïolo romain la maîtrise et l’assagit. Deux philosophies : l’une célèbre la fermentation, l’autre la discipline.
Ce détail de fabrication explique presque tout le reste. Le même pâton, étalé à la main puis saisi au feu de bois, devient napolitaine ; étalé au rouleau puis séché plus lentement, il devient romaine. Le geste précède la texture, et la texture raconte l’origine.
On l’a dit, la romaine a deux visages, et il vaut la peine de les distinguer. La tonda romana est la version ronde et fine servie à l’assiette : c’est elle qu’on oppose spontanément à la napolitaine, avec son croquant sec et son absence de bord. C’est la pizza du repas assis, garnie puis coupée en parts au couteau, à la trattoria comme à la maison.
La pizza al taglio, « à la coupe », est un tout autre objet : une pâte très hydratée et longuement levée, cuite en plaque rectangulaire, épaisse et pleine de grosses alvéoles. On la découpe aux ciseaux, on la vend au poids, on la mange debout. Elle est à la napolitaine ce qu’un pavé aéré est à une galette : deux mondes que seul le nom de Rome rapproche.
« La tonda se sert à l’assiette,
l’al taglio se mange debout, au poids. »

La texture de la pâte dicte jusqu’à la manière de garnir et de servir. Voici quatre repères qui prolongent la différence, du choix des ingrédients à la façon de porter la part à la bouche.
Sur une pâte souple, on reste léger : peu d’ingrédients, humides et fondants, pour ne pas alourdir. La marguerite en est l’archétype.
Sur une base fine et sèche, on peut charger davantage sans détremper : la croûte tient, et supporte des garnitures plus nombreuses.
Souple au centre, elle se mange volontiers pliée en quatre — le fameux pli « a portafoglio », en portefeuille, hérité de la rue napolitaine.
Rigide et cassante, elle se tient à plat, se coupe en parts nettes ou se croque à la main sans jamais retomber. Elle ne se plie pas.
Il n’y a pas de meilleure pizza dans l’absolu, seulement une meilleure pizza pour un moment. Envie de moelleux, de parfum de braise, d’une part qui se plie et fond en bouche ? C’est la napolitaine. Envie d’une feuille fine et craquante, d’un croquant net et d’une garniture plus chargée ? C’est la romaine. Deux plaisirs différents, aussi légitimes l’un que l’autre, qui tiennent surtout à votre humeur du jour.
Au four du 8 rue Pierre le Guen, au confluent de la Seine et de l'Oise, notre choix est fait : on travaille la napolitaine cuite au feu de bois. Pâte laissée à maturation, façonnage à la main, bord gonflé, cuisson courte à 450 °C — l’école du moelleux et de la flamme, saisie à la commande et jamais à l’avance. Vous connaissiez peut-être l’adresse sous l’enseigne L’Authentique : le four n’a pas bougé, la maison a simplement rejoint Vecchio Forno et adopté la carte du réseau.
Sur place, à emporter ou en livraison dans la boucle de la Seine, c’est ce goût-là que vous retrouverez dans l’assiette : un bord aéré, un cœur souple, quelques taches de braise. La napolitaine, comme à Naples, mais à Conflans-Sainte-Honorine.
La différence tient au bord et à la texture. La napolitaine a un cornicione — un bord gonflé, moelleux et aéré — et un centre souple qui se plie ; la romaine, dans sa version ronde, est fine d'un bord à l'autre et craquante sous la dent. La napolitaine mise sur le moelleux, la romaine sur le croustillant.
Non. La napolitaine se pétrit avec beaucoup d'eau et sans matière grasse, ce qui donne une pâte souple et une longue levée. La romaine ronde est souvent moins hydratée, additionnée d'un peu d'huile d'olive, et étalée plus finement — c'est ce qui la rend craquante plutôt que moelleuse.
Parce qu'elle passe dans un four à bois porté autour de 450 °C. À cette chaleur, une napolitaine est saisie en une minute et demie à deux minutes : le bord gonfle d'un coup, la sole marque quelques taches de braise, et la pâte reste souple. La romaine, plus fine et cuite moins fort mais plus longtemps, cherche l'inverse : une croûte sèche et cassante.
La « pizza al taglio » est une romaine étalée en plaque rectangulaire, à pâte très hydratée et alvéolée, cuite au four électrique puis découpée en parts et vendue au poids. C'est la pizza des comptoirs de rue à Rome, différente de la « tonda romana », la version ronde et fine servie à l'assiette.
Les deux le sont quand la pâte a bien levé. La napolitaine cuite au feu de bois profite d'une longue maturation qui prédigère une partie des amidons : la pâte fine reste légère malgré le bord généreux. La romaine, très fine, apporte peu de mie ; elle passe aussi très bien, surtout garnie simplement.
à Conflans-Sainte-Honorine, rue Pierre le Guen, on travaille la napolitaine cuite au feu de bois : pâte laissée à maturation, bord gonflé, cuisson courte à 450 °C. C'est l'école du moelleux et de la braise, celle que vous connaissiez peut-être déjà quand l'adresse portait l'enseigne L'Authentique.
D’autres sujets vous attendent sur le carnet de la maison : la pâte, la panizza, la cuisson à 450 °C, le goût de la braise. Retrouvez-les sur le blog pizzeria au feu de bois.
Maintenant que vous savez la reconnaître, il ne reste qu’à la goûter. Composez votre commande et faites chauffer le four à Conflans-Sainte-Honorine, midi et soir.
Commander en ligne